Quel parti nous faut-il?

Les bons  résultats aux élections municipales pour les 200 listes soutenues par la LCR, dont la plus grande partie en alliance avec d’autres forces (section PCF dissidente, ex-comités Bové, collectif antilibéral)  constituent un encouragement important pour ceux qui veulent construire un nouveau parti anticapitaliste en France.

Depuis plusieurs nous avons vu une polarisation dans la vie politique. D’un côté une droite revancharde, et un parti socialiste qui met de moins en moins de contenu dans son opposition, et ne soutient pas, en règle générale, les combats actifs contre la politique de la droite.

De l’autre côté une combativité qui change régulièrement de secteur. De la victoire politique lors du référendum sur le traité européen, on passe à la victoire sociale contre le CPE. Même là où il n’ y a pas de victoire, la combativité est souvent au rendez-vous - des mobilisations antifascistes massives de 2002 aux grèves qui se multiplient aujourdh’ui dans le secteur privé sur la question du pouvoir d’achat.
Il y a aussi de graves défaites - sur les retraites par exemple, malgré une mobilisation énormé - dues essentiellement au refus des directions syndicales d’aller assez loin.

La combativité  existe, que ce soit dans les mouvements de masse, ou dans les différentes mouvances politiques qui sont apparus depuis dix ans ( ATTAC, les forums sociaux...). Mais il n’y a pas d’organisation politique qui cristallise cette combativité.

Soyons plus précis. Lorsqu’enfin les caissières de la grande distribution, parmi les plus exploitées des salariées, font grève sur les salaires, qui est sur chaque marché, et à la porte de chaque université et usine pour collecter argent et signatures pour les soutenir ?

Après le mouvement contre le CPE qui a organisé des réunions dans toutes les universités, devant tous les lycées pour tirer les leçons politiques et proposer  une activité politique régulière aux jeunes qui avaient découvert le militantisme ?

Quand, fin mars, le porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire » a été mis en grade à vue pour avoir révélé un « secret défense » sur les risques des centrales nucléaires françaises, qui a organisé des rassemblements de solidarité devant toutes les préfectures ?

Il y  a bien sûr, dans la gauche radicale et révolutionnaire des organisations qui ont fait certaines de ces choses. Mais il faut dire ce qui est : la gauche radicale organisée est loin d’être à la hauteur des enjeux.

C’est la raison qui a poussé la LCR a lancé le projet d’un nouveau parti anticapitaliste. Le contenu de ce parti n’est pas entièrement clair, mais il faut être ambitieux.

Il ne  peut s’agir simplement de regrouper les organisations existantes de l'extrême gauche et les révolutionnaires déclarés. Il en résulterait un tout petit parti ! D'ailleurs, malheureusement, la direction de Lutte Ouvrière a montré lors des élections municipales qu’elle préfère se joindre à la gauche du renoncement que s’allier avec d’autres de la gauche radicale. Il faut un parti bien plus large, qui attire des militants actifs dans les associations, et des gens nouveaux à la politique, qui attire des adhérents du PCF et du PS déçus de la politique de leurs dirigeants.

Il y aura énormément de militants associatifs ou jeunes étudiants radicalisés qui rejetteront au moins initialement l'idée d'un parti. L'idéologie dominante prétend que chacun se débrouille mieux en s'isolant dans son originalité glorieuse, et que l'organisation politique collective ne peut qu'écraser la personnalité de chacun. C'est une vision qui arrange bien le système en place. De plus, l'expérience des partis monolithiques staliniens, (ou parfois de groupuscules ultra-rigides) que nous connaissons par les livres ou par des expériences familiales n'inspirent pas à l'engagement militant.

Mais le besoin d'une organisation est incontournable.
Il faut un parti qui se base avant tout sur les luttes des salariés et des opprimés. C’est quand les gens se mettent à lutter collectivement qu’ils remettent en cause toute une série d’idées qu’ils acceptent en temps normal. C’est de ceux qui luttent qu’on a le plus à apprendre. Chaque réunion, chaque événement doit aussi être une occasion pour organiser la solidarité avec des grèves ou des campagnes en cours. Les membres de l’organisation doivent œuvrer en priorité à la reconstruction de syndicats combatifs dans tous les secteurs de l’économie.

Il faut un parti qui intervienne contre toutes les oppressions. Aucune oppression ne concerne "trop peu de monde" pour qu'on s'y intéresse. Il faut demander aux membres qu'ils défendent sans hésiter tous les opprimés, sur leur lieu de travail ou d 'étude. Les membres doivent être connus dans leur milieu comme des ennemis intraitables du racisme, du sexisme, de l’homophonie…

Il faut un parti ouvert, facile à rejoindre, doté d'une presse populaire, organisant des réunions publiques régulières où les membres ont envie d'amener leurs collègues et leurs amis. Dans la presse comme dans les réunions, il faut que les nouveaux arrivés ou sympathisants, salariés ou jeunes, puissent s'exprimer. Le parti doit savoir apprendre de la classe, de l'expérience de la lutte quotidienne.

Il faut un parti de débat démocratique. Ceci est nécessaire non pour des raisons purement éthiques, mais aussi pratiques. C’est seulement si les membres ont été convaincus dans un débat démocratique des positions du parti, qu’ils sauront les défendre autour d'eux au travail, dans la fac etc.
Il faut un parti où les jeunes jouent un rôle primordial. En règle générale les jeunes ont plus de temps (pas de responsabilités familiales). Mais surtout les jeunes n'ont pas vécu la période des défaites des années précédentes qui a démoralisé tant de gens plus âgés.

Il faut un parti qui analyse et clarifie toutes les questions de la société capitaliste du point de vue des salariés et des opprimés. Le parti doit être l'université des salariés et des opprimés.
 
 La radicalisation en France aujourd'hui est telle qu'il y a des dizaines de milliers de personnes qui pourraient être recrutées à un nouveau parti anticapitaliste. Un parti de combats. A l’intérieur de ce parti, les révolutionnaires et d’autres débattront bien sûr, et à chacun d’essayer de convaincre les autres sur ses idées politiques, tout en combattant tous ensemble et surtout de façon dynamique et ambitieuse.

John M et Daniel L
 

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