Le Cuba de Fidel Castro
- images et réalités

Nous publions cet article peu après la déclaration de Fidel Castro en février 2008 qu’il ne souhaite plus être chef de l’Etat à Cuba. La presse fournit d’innombrables analyses d’  « un des derniers Etats communistes ». Mais que dit la gauche anticapitaliste ? Il reste un courant de sympathie très fort au sein de la gauche française pour le leader cubain. Le livre récent d’Ignacio Ramonet, où Castro est présenté comme un modèle, en est un exemple assez représentatif. D’autres à gauche sont plus critiques. Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, déclare sur Canal + : « Je suis pour plus de démocratie à Cuba, donc je suis pour des élections libres ... Je ne suis pas le facteur de Fidel Castro en France, je peux avoir des critiques à lui faire... Pour moi, dans le socialisme du vingt-et-unième siècle il y a des élections libres et le multipartisme ».

On peut se demander si c’est normal de devoir faire une déclaration pour que les gens sachent que nous sommes en faveur d’élections libres. Il faut donc croire que cela ne va pas de soi. Mais ceci ne constitue pas le problème le plus grave. Dans la tête de millions de travailleurs, le système cubain c’est le communisme, et donc constitue (malgré quelques critiques) l’objectif final des révolutionnaires en France aujourd’hui. La faiblesse théorique de la LCR ne permet pas à Besancenot de clarifier cette question centrale, et il est obligé de s’en sortir avec des phrases qui suggèrent qu’il ne sait pas trop ce qu’est le socialisme.

Le grand mensonge du siècle dernier est l’idée que Cuba, l’URSS de Staline et ses satellites et la Chine de Mao ou de Deng sont, où étaient, des pays socialistes. La raison de la fondation du courant Socialisme International fut le besoin d’exprimer la vérité – qu’il s’agit en réalité de pays capitalistes (ou plus précisément, capitalistes bureaucratiques d’Etat). Une minorité contrôle la production ; les travailleurs ne décident pas que faire de la production ; l’accumulation (avant tout militaire) est autrement plus importante que la consommation des travailleurs ; le massacre de travailleurs d’autres pays (développement d’armes nucléaires etc.) est considéré par les élites comme acceptable... La liste de caractéristiques capitalistes de ces pays est extrêmement longue, et le simple fait que les économies de ces pays sont organisées différemment, et qu’à la place d’entreprises privées on voit en général des entreprises étatiques n’y change rien sur le fond.

C’est cette théorie qui informe l’analyse de Paul d’Amato sur Cuba aujourd’hui.
 

John Mullen