No more heroes ?
Che Guevara et l’anticapitalisme aujourd’hui

Encore aujourd’hui, Ernesto “Che” Guevara a beaucoup pour attirer les anticapitalistes. Il apparaît tout d’abord, et même ses ennemis le reconnaissent, comme un homme intègre qui a tout sacrifié pour ses idées révolutionnaires. Comme celui qui a été au bout de lui-même pour lutter pour une cause qui lui apparaissait juste. Comme celui qui écrivit en 1965, dans sa lettre d’adieu à Fidel Castro : "Dans une révolution on triomphe ou on meurt".

Surtout, il est celui qui aurait pu finir sa vie comme un haut dignitaire à Cuba, mais n’a pas hésité à repartir sur le chemin de la guérilla au Congo puis en Bolivie. Il est celui qui a résisté aux compromissions auxquelles l’aurait inévitablement mené son appartenance au régime castriste. Sa mort a fait naître le mythe du "Che" car elle semble l’avoir lavé des échecs des régimes dits communistes et tout particulièrement de celui du gouvernement de Cuba.

Mais que pouvons-nous apprendre de l’expérience de Guevara pour se battre, au XXIème siècle, contre le capitalisme ?

Le cœur même de la vision de Karl Marx est contenu dans la phrase « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », et les paroles de l’Internationale reprennent cette idée : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu ni César ni Tribun / Producteurs, sauvons nous nous-mêmes ! ». Le travail des révolutionnaires doit être de tout faire pour que les travailleurs ordinaires ne subissent plus les changements politiques et économiques, mais deviennent acteurs, sujets de l’histoire. Ceci dans les plus quotidiennes des luttes - grèves, campagnes, résistances - et à plus long terme dans le plus ambitieux des combats : la prise de pouvoir et le renversement de la dictature du profit.

Comment se fait-il que le héros quasiment incontesté des jeunes révoltés aujourd’hui - Che Guevara - qui ne mettait pas l’auto-émancipation des travailleurs au centre de ses idées ait pourtant conservé le prestige révolutionnaire que d’autres figures comme Mao ou Castro ont perdu ?

Les autres figures historiques qui se réclamaient du marxisme ont eu un tout autre sort. Staline et Mao, utilisant le vocabulaire du marxisme, ont mené une révolution industrielle dans leurs pays au mépris absolu des droits humains les plus élémentaires et des intérêts les plus minimes des travailleurs. La quasi-totalité de la gauche a fini par rejeter leur héritage. Pour sa part, Fidel Castro a pu garder une certaine réputation de libérateur à cause de la résistance de son pays contre l’impérialisme américain. Pourtant, les travailleurs cubains ne contrôlent absolument pas leur pays, qui n’a de socialiste que le nom.

Mais Guevara, qui a participé à la mise en place de l’Etat castriste, a décidé par la suite de partir soutenir ou fonder des résistances ailleurs. Il a critiqué l’URSS là où Castro se refusait à le faire. Il est redevenu dissident, sans rompre avec les idées staliniennes du Parti communiste Cubain. Et il est mort dans un combat désespéré mais courageux, pour devenir le symbole de tous ceux qui ont la rage contre le capitalisme et l’impérialisme.

Si la détermination et la colère qui caractérisaient Guevara doivent être les nôtres, dans ce monde de guerres, famines et oppressions, cela ne peut nous empêcher d’examiner, la tête froide, sa carrière politique. Et avant tout son attitude envers l’idée centrale du marxisme, que personne ne peut faire la révolution à la place des organisations de masse des travailleurs ordinaires.

Car Guevara, malgré toutes ses qualités, restait attaché à l’idée que les révolutionnaires font la révolution - si nécessaire avec une poignée de guérilleros. Les masses suivront derrière, a-t-il pensé. Dans le contexte du stalinisme ultra-dominant de l’époque, lorsque les révolutionnaires anti-staliniens représentaient une infime minorité complètement marginalisée, on peut trouver beaucoup d’excuses à la faiblesse théorique du guevarisme. Aujourd’hui nous n’avons pas ces excuses.

John Mullen

Ce texte a été écrit en 2008, pour servir de préface à la brochure sur Che Guevara éditée par Socialisme International.

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