L’altermondialisme dans les pays arabes

Interview de Nahla Chahal

SI : Comment êtes vous arrivée à vous impliquer dans le mouvement altermondialiste et pour le Forum Social Méditérannéen ?

Nahla Chahal : Je suis impliquée politiquement depuis mon enfance. Mes parents ont été très actifs, et sur le plan intellectuel et sur le plan pratique ils étaient des militants de terrain. Ma mère est irakienne et mon père libanais, ils ont commencé tous les deux dans le parti communiste, et mon père a commencé très vite à avoir une position très critique au sein de son parti. Il avait une ouverture vers d’autres approches. J’ai été naturellement au Parti Communiste à 15 ans, et j’ai commencé à chercher un autre type de fonctionnement qui correspondait plus à ma personnalité.

Très vite il y a eu un problème politique majeur, à la fin des années 1960, où le fait de la résistance palestinienne a été un fait majeur. Au Liban je constatais une certaine réserve de la part du PC, qui considérait la résistance palestinienne comme une aventure. Ça a commencé a m’agacer. Mon père m’a beaucoup encouragé quand j’ai commencé à chercher ailleurs. J’ai trouvé ce qu’on a appelé dans tout le monde arabe « la nouvelle gauche », « la nouvelle extrême gauche ». Je suis tombé sur l’OACL (Organisation de l’Action Communiste au Liban).

Mon père n’a pas du tout eu une réaction tribale du type « Comment ça ? Tu quittes le parti pour un groupuscule dont on ne sait rien… » au contraire, il m’a dit « peut être qu’un marxisme plus adapté, délié des contraintes du Komintern soviétique, qui ira plus loin… ». Il y avait des événements dans le monde, 1968 en Europe, le guevarisme… Ma mère par contre est restée jusqu’au bout une vraie militante en acier, à la limite stalinienne. Donc elle m’a boycottée pendant 6 mois. On ne se parlait plus à la maison, elle considérait ça comme une trahison…

Par la suite les années OACL ont été très riches, très condensées, et il y a eu la guerre civile libanaise, qui pour moi n’était pas tellement une guerre civile que une défense de la continuité des conditions de la résistance palestinienne, même au détriment du Liban il faut le dire.

SI : Quelles étaient les références programmatiques de l’OACL ?

_ C’était un mélange, composée en partie de vieux trotskistes, qui à l’époque étaient tout jeunes et ils revenaient d’Europe pour certains d’entre eux. Il y avait une dimension internationaliste évidente dans cette tentative de regroupement. Il y avait ceux qui étaient en France, étudiants terminant des thèses parfois au moment de mai 68.

Et il y avait aussi une scission du PC, un petit groupuscule qui se rebellait au sein du PC, et enfin une troisième composante qui était arrivée au marxisme à partir du nationalisme arabe, et qui est l’évolution vers la gauche de certains mouvements nationalistes arabes. C’était une rencontre entre des composantes assez diverses au départ, mais l’OACL a été une expérience assez connue dans les milieux de gauche et d’extrême gauche en Europe, car même avec une vie assez brève l’OACL a eu un impact et un rayonnement et des relations avec l’Europe. Il y avait un hebdomadaire qui a eu une vraie influence dans le monde arabe.

SI : Est-ce que vous avez connu au Liban ce que nous avons aussi connu en Europe, une période de « traversée du désert », période assez longue et difficile pour les idées révolutionnaires après la vague du début des années 1970 ?

_ Au Liban c’est un peu particulier parce que il y a eu, au moment où vous avez commencé votre traversée du désert à vous, il y a eu la guerre civile. Donc on n’avait pas le temps d’avoir des états d’âme et de réflechir et tout, mais on a senti petit à petit qu’il y avait ce déclin.

On ne savait pas si c’était la guerre civile qui avec tout son cortège d’horreur minait ce qu’on voulait être et ce qu’on pensait être, ou si c’était un déclin progressif. Après quand la guerre civile s’est terminé au début des années 1990, on a constaté une chose, il y avait un vide, il y avait une génération de sautée. On se retrouvait nous des gens qui avions la quarantaine avec des jeunes gens et ce qu’on pensait être une dépolitisation générale. Il n’y avait pas une génération derrière nous… jusqu’à qu’éclate la guerre en Irak, et à ce moment là a éclaté un mouvement de protestation pas organisée du tout, mais dans toutes les universités au Liban comme ailleurs.

Ce qui manquait ce n’était pas les dispositions à bouger, mais c’était que les cadres bougent. Les organisations étaient laminées, n’existaient plus. Quand je pense à l’Irak, au Maroc ou au Yemen… il y a eu ce type de conflits qui ont laminé les forces progressistes. Le « Hurriyat », l’hebdomadaire théorico-politique que nous sortions, était distribué de façon à former toute la vague de la nouvelle gauche dans le monde arabe. Du Maroc au Yemen, je n’exagère pas, tout le monde attendait la sortie de ce journal, le reproduisait, parfois y écrivait. Ils s’inspiraient de cette tentative qui a commencé au Liban.

SI : Alors au début de ce qu’on a appelé « l’altermondialisme », est ce que cette nouvelle ambiance, ces nouveaux mouvements ont affecté les pays dont vous parliez ?

_ Non. Je vous parlais de mon parcours et de celui de mes amis qui se sont retrouvés à la naissance de ce mouvement pas dans leur pays mais en Europe, ou aux USA. Et pour moi je me suis dit dès le début que je retrouvais un milieu qui me manquait affreusement. Et on continuait à faire ce qu’on faisait contre la guerre, et pour la Palestine. Mais on ne constatait plus la perspective. Il fallait continuer en attendant. Et ce « en attendant » à la naissance du mouvement altermondialiste, avec les événements de Seattle, on s’est dit « il y a quelque chose qui renaît », et nous on va s’accrocher à ce quelque chose qui est en train de renaître.

SI : Quelle forme ça prenait au Liban ?

_ Rien. Dans nos pays, comme au Liban, en Egypte… à part quelques intellectuels qui pouvaient suivre de loin. Mais ces 20 années à partir de 1975 ont été extrêmement violentes, il y a eu liquidation des mouvements. En Syrie entre 1979 et 1982, c’était des confrontations violentes soi disant entre le régime et les Frères musulmans, mais en réalité tout le mouvement de gauche y est passé aussi. Sous prétexte d’éradiquer les Frères Musulmans, ils ont éradiqué aussi tous ceux qui étaient de la gauche et qui n’acceptaient pas de faire partie du système en place.

Il y a eu Riyad Al Turkiyé, qui était le dirigeant de la plus grande scission du parti communiste Syrien, et qui était plus ou moins dans cette approche de la nouvelle gauche et qui a été en prison sous prétexte de collaboration avec les Frères Musulmans en 1980. En Irak c’était la même chose. A la naissance du mouvement altermondialiste, les mouvements révolutionnaires dans le monde arabe avaient été déjà éprouvés soit par une évolution interne telle que la guerre civile, soit par une repression sans égale qui avait duré pendant vingt ans.

SI : Est-ce que maintenant l’altermondialisme a permis à un milieu plus large d’émerger ?

_ Au départ on a commencé d’une façon très volontariste. Je me souviens que la première fois que j’ai parlé du Forum Social Mondial au Liban personne n’en avait entendu parler. On a tenu une conférence sur trois jours, où on a invité José Bové, c’était contre l’OMC qui se tenait à Doha (au Qatar) en novembre 2001. Et à ce moment quand moi j’ai été faire le tour en disant on va faire cet événement avec des gens de la gauche, des démocrates, et des islamistes qui accepteraient de s’identifier à ce nouveau mouvement, c'est-à-dire c’est ouvert, ce n’est pas un truc de la gauche uniquement.

Mais les gens n’avaient pas encore entendu parler ou très vaguement, et c’était très loin d’eux. Pendant tout l’été où on a prêché pour essayer d’organiser cette conférence à Beyrouth contre l’OMC, les gens tombaient des nues en nous écoutant. Et ceux qui connaissaient ce mouvement, qui avaient participé à Porto Alegre I, mais qui étaient des représentants d’ONG, ceux là s’étaient bien gardés de divulger leurs informations et même d’en tirer des conclusions, car pour eux c’était technique. C’était le lieu pour rencontrer des ONG plus puissantes, avec qui ils pouvaient obtenir de l’argent pour les soutenir dans leur projet de développement durable. Il n’y avait aucun contenu politique dans leur appartenance.

SI : Comment s’est passé cette conférence ?

_ On a eu énormément de gens qui sont venus du Liban. La salle de l’Unesco qui peut accueillir 500 places était comble pendant trois jours.

Mais on a eu deux points de divergence depuis le départ. D’abord sur le thème de la présence des islamistes, à l’intérieur du Liban et à l’extérieur. A l’intérieur du pays on avait la logique simpliste par exemple du Parti Communiste qui me disait mais pourquoi tu veux les faire venir sur notre terrain, laisses nous ça à nous. Et moi je disais c’est un enjeu qui est plus important que nous et eux, c’est un mouvement qui est en train de naître et on ne doit pas réflechir de façon tribale. Mais on a eu aussi des problèmes avec les européens qu’on a invités. Pour eux un islamiste ne pouvait pas être par définition altermondialiste, révolutionnaire, et on expliquait aux européens que sous l’appellation islamiste il y avait autant de diversité que sous l’appellation communiste. Et dans le mouvement islamiste il y avait des courants qui pouvaient devenir des courants de la théologie de la libération.

 En même temps quand je suis allé rencontrer les représentants de certains milieux islamistes, ils tombaient des nues, ils ne croyaient pas qu’ils pouvaient se mettre avec des communistes pour réflechir en commun en dépit des divergences. Et ils n’avaient pas du tout entendu parler de la théologie de la libération. Il a fallu faire un travail pédagogique.

Le deuxième clash était à propos des cadres qui avaient déjà participé à Porto Alegre, qui étaient des ONG, et qui se sont opposés à toute conférence à caractère politique, et qui ont voulu tenir une conférence contre l’OMC à Doha mais sur des arguments que personne n’allait comprendre. Mais on leur a demandé à ces libanais comment ils pensaient parler de l’OMC sans le lier à l’Irak, il y avait encore l’embargo et pas encore la guerre, et à la Palestine… Ils ont dit « si vous allez commencer à aborder ces sujets, on n’aura pas un sou de nos bailleurs de fond ! ».
La conférence avait lieu juste après le 11 septembre, et c’était un thème central. On a réussi aussi à intégrer les invités à cette conférence au mouvement altermondialiste et au processus des forums sociaux.

On a invité des gens de Syrie, de Jordanie, de Palestine, d’Egypte, de l’Irak. Les pays du Maghreb c’est autre chose car ils sont trop proches de l’Europe, et on les connaissait peu.

SI : Et depuis cette conférence il y a eu d’autres événements importants ?

_ Il y a eu l’été dernier la conférence anti-guerre à Beyrouth. C’était dans notre esprit dans la continuité de cet événement d’octobre 2001.

SI : Est-ce qu’il y a eu des nouvelles organisations qui sont nées dans cette dynamique, comme Attac en France ?

_ Il y a eu des petits groupuscules de jeunes qui sont à l’Université. Il y a un groupe Attac Liban par exemple, mais personne ne les connaît, ils sont dix dans une université qui sont des copains. Ce qui fait défaut c’est une analyse de fond depuis les années 1970 sur l’évolution de la région.

SI : est ce que les organisations syndicales se sont impliquées dans ces forums sociaux ?

_ Non. On les a invités, ils sont venus mais il n’y a plus de mouvement syndical dans cette partie du monde. Il  a été noyauté par les pouvoirs au point que dans les régimes à parti unique on trouve un seul syndicat et donc la vie syndicale n’existe pas. Et même dans les pays où ce n’est pas le cas, le mouvement syndical souffre d’un grave malaise. Il est difficile d’organiser une vie syndicale quand le taux de chômage est de 30% dans le meilleur des cas. Il y a une liquidation générale du service public et une désarticulation totale de l’économie. Dans un pays comme l’Egypte, le plus grand pays arabe, le tiers du revenu national brut vient de l’industrie du tourisme, l’autre tiers vient des virements des travailleurs émigrés, et seulement le dernier tiers vient de la production nationale dont le secteur tertiaire représente une grande partie. Comment voulez vous qu’il y ait un mouvement syndical dans un pays dont l’économie dépend de facteurs non produits à l’intérieur du pays ? Dans des pays rentiers où l’Etat détient la rente et la distribue sous forme de miettes, il est difficile de créer un mouvement syndical.

SI : Que se prépare-t-il pour Barcelone, le FSMed, qui va y participer ?

_ Pour Barcelone ça va être très marginal. On l’a un peu rattrapé en marche. L’idée d’un Forum social méditérannéen était pas mal contestée par les arabes qui auraient voulu organiser un forum social arabe qui n’a pas eu lieu pour de multiples raisons. Pour eux le cadre méditérannéen c’était le cadre utilisé par Israël et les USA durant les années 1980 et 1990 pour intégrer Israël à la région.

On avait aussi des doutes sur qui organisait ce forum et pourquoi le gouvernement catalan soutenait tellement cette initiative. Bref les arabes étaient très sceptiques à l’égard de ce forum et ne voulaient pas participer. Pour trois raisons il y a eu un changement de perspective et finalement on a rattrapé le train en marche : tout d’abord, à cause de ce qui se passe dans la région avec le plan américain de « démocratisation » de la région, l’occupation de l’Irak, les vues sur la Syrie le Liban, etc. Il faut donner une contre-analyse à tout cela. Ensuite, c’est aussi la démarche des Palestiniens de ne jamais laisser passer une tribune sans y participer. Enfin, c’était très mauvais de laisser la place à des forces qui ont des démarches qui ne nous conviennent pas.

SI : Le désordre est il lié à l’hétérogénéité politique ?

_ Le désordre est lié à deux choses : L’opacité volontaire des organisateurs qui grâce au désordre peuvent faire passer ce qu’ils veulent. La présence arabe va être minime dans ce forum : si on met de côté les Palestiniens, il y aura deux personnes d’Egypte, une personne de Tunisie, quelques personnes du Liban et de Syrie. Il y a deux cents représentants de mouvements berbères et amazighs, pour une vingtaine d’arabes. Ils se vivent eux-mêmes comme une minorité. C’est dû au fait que ce sont les catalans qui organisent ce forum, et ils n’ont pas voulu impliquer les autres dans l’organisation.

Ce n’est pas le mode de fonctionnement habituel pour préparer un forum, avec des assemblées générales qui prennent des décisions.

SI : c’est une situation assez noire pour l’altermondialisme dans le monde arabe telle que vous la décrivez…

_ On va peut être profiter de Barcelone, avec les quelques arabes qui seront présents, pour faire avancer l’idée d’un comité de préparation d’un forum social du monde arabe.

SI : Cette situation ne vous amène pas à dire que l’altermondialisme finalement ne sert à rien dans le monde arabe ?

_ On sait maintenant, après avoir vécu toutes les contradictions, les restrictions, tout ce qui se trame dans les coulisses, on en connaît les limites. Mais en tant que milieu, on n’a pas encore trouvé mieux. Je continue à défendre l’idée que malgré tous les défauts que l’on connaît à ces forums, finalement c’est un lieu de rencontres, de continuité et d’échange, c’est un lieu de maturation d’idées et d’expériences, et il n’y a pas un autre endroit où le faire.

SI : Pour vous c’est plus un milieu international de militants plutôt que un mouvement qui pourrait s’enraciner dans des pays comme le Liban ou d’autres ?

_ Le problème c’est que ce mouvement lui-même ne se vit pas comme un mouvement. Par exemple lors du dernier FSM à Porto Alegre, les discours d’ouverture et le gigantisme typique de l’organisation, la prétention à une démocratie égalitariste, finalement reflètent une réalité : il y a un tel déséquilibre entre d’énormes courants sociaux-démocrates qui ont une présence très importante, le poids des régimes (par exemple sud-américains) qui financent ces forums, et les autres composantes.

Par contre les Indiens ont réussi un défi énorme au FSM de Mumbaï avec un budget dix fois moins important qu’un forum social régional comme le FSE. Ils ont dit oui à toutes les propositions qu’on leur avait fait : ils ont réussi à faire venir une énorme délégation pakistanaise, malgré toutes les tensions entre l’Inde et le Pakistan, durant tous les jours du forum on a assisté à la présence de secteurs sociaux, les travailleurs des mines, des forêts, les Intouchables… au retour de Mumbaï, on a eu une énorme contradiction avec Attac qui n’était pas du tout satisfait de la tournure prise par ce FSM et qui considérait cela comme une déviation. C’était trop social, trop politique, trop militant, trop internationaliste… Pour eux il ne fallait pas que ces forums sortent des plans de lutte mais ils devaient être des lieux de rencontre et de réflexion…

Mais nous on était très contents de Mumbaï : je vous donne l’exemple des deux ouvertures lors du FSM de Mumbaï et de Porto Alegre pour faire la comparaison. A Mumbaï ils sont venus en disant on va faire une ouverture avec des intervenants indiens, de partis politiques et de mouvements indiens, mais avec un choix politique très clair pour marquer le coup : l’Irak et la Palestine. Ils ont tout de suite commencé le forum avec une prise de position contre la politique américaine et dans un esprit complètement militant. L’ouverture de Porto Alegre, on croyait rêver : même dans des églises ça pouvait être plus structuré. « On est là pour défendre la dignité humaine ». « il faut prier pour les victimes du Tsunami, pour les victimes du sida… ».

Moi je ne sais pas ce que c’est que la dignité humaine en dehors de tout contexte. Pas un mot de politique dans l’ouverture, tout était organisé de façon à ce qu’il n’y ait pas d’axe, pas de colonne vertébrale, et pas non plus d’imprégnation politique.

SI : Dernière question avant de terminer, pour ce qui est de l’activité révolutionnaire proprement dite, quelle serait pour vous une direction révolutionnaire dans ces mouvements internationaux ?…

_ Tout d’abord il faut se mettre en garde contre les dérives d’une direction révolutionnaire internationale fermée et opaque. Si on veut mettre en place une direction politique des réseaux, ça doit comporter des diversités et d’approches multiples. Il n’y aurait pas un seul impact d’un point de vue hégémonique. Je pense que si le mouvement altermondialiste peut évoluer une internationale des réseaux, ce serait génial, et on en a besoin. Par exemple les Irakiens, de plus en plus pensent qu’ils ne doivent plus venir, que c’est de la perte de temps, et que au vu de la situation sur le fil du rasoir qu’ils connaissent dans leur pays, le mouvement altermondialiste et les forums sociaux ne leur apportent plus rien.

C’est une conclusion qui est tragique, mais depuis la grande manifestation du 20 février 2003 qui a délégitimé la guerre,  tout ce que le mouvement trouve à proposer aux Irakiens c’est la répétition d’une manif annuelle. Ça ne représente pas grand-chose face à la descente aux enfers des Irakiens, et ceux-ci ont proposé une implication réelle dans le processus de lutte en Irak.

Et pas seulement des slogans du type : « soutien à la résistance », car ça reste trop général. Mais des choix politiques plus précis. Par exemple certains Irakiens ont refléchi à la mise en place dans la direction de ce mouvement altermondialiste d’un comité de crise qui accompagnerait les événements en Irak et qui réagirait même politiquement. Il faut faire sentir aux Irakiens qu’il y a une présence internationale qui s’occupe d’eux. Et cette proposition a été officiellement retenue, le comité a été mis en place, mais par la suite il ne s’est jamais réuni.

Ça ne suffit pas de dire qu’on condamne l’occupation de l’Irak, si on veut que ce mouvement pèse sur la réalité, il faut faire plus. Les Palestiniens quant à eux sont plus indulgents, ils acceptent l’idée que ce mouvement témoigne de sa solidarité et ils ne s’attendent pas à plus : un pouvoir d’influence sur le rapport de forces. J’ai écrit un texte sur « la Palestine à Porto Alegre, une avancée fragile », et j’essaie de montrer comment nous tentons de faire bouger les choses au sujet de la Palestine. D’un niveau de solidarité qui a toujours existé avant le mouvement altermondialiste depuis 35 ans, vers une capacité à influer sur le rapport de forces, même minime. Et ce n’est pas seulement une perception de la part des militants des pays arabes, mais le mouvement lui-même comment il se vit, qu’est ce qu’il attend de lui-même ?

Propos recueillis par John Mullen
Cet interview est paru dans Socialisme International N° 13 en août 2005
http://www.revue-socialisme.org

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