Editorial mars 2008

Un nouveau parti, c’est urgent

L’actualité politique est dominée par trois grandes questions. L’offensive tous azimuts de Sarkozy, les élections municipales et une série de grèves sur les salaires dans le public comme dans le privé.

Sarkozy espère cacher derrière ses coups de théâtre ridicules (sur la commémoration de la Shoah, les programmes scolaires ou la reconnaissance par l’UNESCO de la gastronomie française (!), …) et ses mesures populistes (rétention de sûreté, instruction morale, ...) les attaques centrales (le Traité européen modifié, le nouveau contrat de travail, la réduction des effectifs dans la fonction publique,  …).

Sa baisse spectaculaire dans les sondages contredit les pronostics catastrophistes de certains militants pour lesquels son élection représentait une défaite historique de la gauche. L’absence d’opposition sérieuse de la part du Parti socialiste, cependant, laisse à la droite une marge réelle. Après une probable claque bien méritée aux municipales, elle peut relever la tête. La relative popularité du premier ministre  Fillon – fait sans précédent sous la Cinquième République – en est un signe qui ne trompe pas.

Le besoin d’un parti de combat à gauche du PS se fait lourdement sentir. Qui peut organiser la solidarité avec les grévistes, devenir une force de proposition dans les mouvements, aider à faire le lien entre les différents combats, être le porte-parole des opprimés et des salariés ? Quand Sarkozy ment, qui répondra haut et fort ?

Dans ce contexte, l’état de la gauche radicale et révolutionnaire n’est pas encore à la hauteur du défi. Lutte Ouvrière a étonné ses soutiens traditionnels en décidant de faire liste commune là où elle peut avec le Parti socialiste gestionnaire dès le premier tour. Il ne s’agit pas seulement de négocier des fusions techniques en gardant son indépendance politique, puisqu’il a été décidé dans certaines villes que les élus de Lutte Ouvrière voteraient le budget d’une majorité PS.

Cette nouvelle tactique provient en partie du fait que sa direction analyse la période actuelle comme marquée par un profond recul. Il faudrait par conséquent  viser à survivre et non pas à construire un parti de masse. Son attitude sectaire voire méprisante à l’égard de beaucoup de mouvements de ces dernières années (manifestations anti-Le Pen en 2002, contre le Traité constitutionnel en 2005, les Forums sociaux…) lui a fait perdre une bonne partie de son milieu et a renforcé son pessimisme.  L’opportunisme actuel risque de lui en faire perdre une autre partie, et l’exclusion en cours de sa minorité critique (la Fraction) approfondira la crise de l’organisation.

Lutte Ouvrière a mené la campagne en 2007 sous le slogan “Qui d’autre peut se dire sincèrement dans le camp des travailleurs”, slogan d’un sectarisme extrême. Et voilà qu’on voit que, pour pallier aux très faibles scores électoraux de 2007, elle est prête à entreprendre un tournant opportuniste majeur. Entre autres choses, ceci démontre que ce n’est pas la référence constante à des principes révolutionnaires dans les discours qui protège de l’opportunisme...

Du côté de la Ligue Communiste révolutionnaire, la décision lors de son récent Congrès qu’un nouveau parti anticapitaliste devait être mis en place en faisant appel avant tout aux « anonymes », puisque il n’y aurait pas de partenaires possibles parmi les courants politiques constitués, est contredite par la réalité des listes présentées aux élections municipales.

Sur les 200 listes présentées ou soutenues par la LCR, elle ne se présente seule que dans environ 80 communes. Dans 50 villes, elle présente une liste commune avec les collectifs antilibéraux ou la gauche alternative (dont Clermont-Ferrand, Marseille, Toulouse, Lille, Nancy, Strasbourg). Dans 30 cas, elle se présente avec le PCF local, contrairement à la ligne nationale du PCF (Chartres, Béziers, Noisy, Alfortville, Cahors….). Neuf listes sont présentées avec les Alterékolos (dont Morlaix et Vienne), 13 listes sont décrites comme « unitaires » sans autre précision, 11 listes sont présentées avec des groupes alternatifs locaux (dont Rennes, Nantes, Annecy). En plus, les 23 départements dans lesquels aucune liste n’est soutenue par la LCR  relativisent l’idée que la LCR seule est capable de se transformer en un nouveau parti anticapitaliste de masse.

Cette configuration démontre que les partenaires existent – mais aussi que la LCR en a bien besoin. Les collectifs antilibéraux sont, certes, bien plus faibles qu’il y a deux ans. Mais dans des dizaines de villes, ils restent dynamiques, et ce serait une grave erreur de les exclure d’un nouveau parti. La LCR n’est pas condamnée à répéter les erreurs de 2007, dans la construction d’un nouveau parti. Encore faut-il que sa majorité en tire toutes les leçons.

Le nouveau parti autour de la LCR tel qu’il se présente actuellement a beaucoup de défauts. La méthode qui consiste à refuser de négocier avec des partenaires et à imposer unilatéralement le calendrier  est mauvaise. Le projet dans sa forme actuelle est le résultat d’un compromis entre ceux à l’intérieur de la LCR qui veulent un parti composé seulement de révolutionnaires et ceux qui veulent un parti anticapitaliste un peu plus large. La délimitation du parti n’est pas claire, et trop souvent on essaie d’éviter la question en inventant des formules peu sérieuses, comme “un parti pour révolutionner la société”.

Cependant, ce projet est actuellement le seul qui rencontre un vrai écho. L’implantation, les traditions militantes et le dynamisme de la LCR font en sorte que les autres forces de gauche ne peuvent pas présenter une construction alternative dans l’immédiat.

Il faut donc attirer le maximum de personnes vers le nouveau parti, tout en bataillant pour qu’il soit le plus ouvert, le plus orienté vers les luttes et le plus populaire possible. Les révolutionnaires doivent y créer un courant fort. Mais le parti ne peut pas se réduire à celui-ci, même débarrassé d’un certain bagage idéologique hérité du passé – ou « relooké» pour faire plus moderne. Il faut déclarer publiquement qu’il ne s’agit pas d’un parti limité aux seuls révolutionnaires mais aussi affirmer le besoin d’un courant révolutionnaire au sein du nouveau parti.

Il faut que les structures clé du nouveau parti - les permanents, les publications, les porte-parole - reflètent une réelle ouverture et ne soient pas contrôlés par la seule LCR.

En parallèle – et sans ignorer la nécessité de compromis et d’alliances dans le court terme – il nous faut continuer à travailler à la clarification des grandes questions de pouvoir posées par la crise de la gauche : quel anticapitalisme, fait par qui et sur quelles bases ?

Á Socialisme International, nous avons toujours affirmé qu’il faut une révolution pour renverser le capitalisme et qu’un parti révolutionnaire est un élément indispensable qui servira d’outil pour les travailleurs lors des profondes crises à venir. C’est l’objectif stratégique. Mais la mise en place d’un parti large de la gauche radicale, avec différents courants dont les révolutionnaires à l’intérieur, est un premier pas nécessaire, et constitue la tâche centrale de la période actuelle.
 
 

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